Les jaseurs boréaux...
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Les jaseurs boréaux : de délicieux visiteurs hivernaux
Tout ou rien. C'est ainsi que les ornithologues désignent l’alternance entre présence et absence des jaseurs boréaux dont les pérégrinations hivernales justifient pleinement leur qualificatif en anglais, bohémiens. Certaines années ils sont presque introuvables dans notre région, alors que d’autres fois ils « surgissent » soudainement de leurs aires de reproduction du nord-ouest de la forêt boréale et se répandent dans la partie septentrionale du continent. Ils peuvent ensuite passer l'hiver avec nous en bandes en comptant parfois des centaines. La beauté de ces élégantes créatures vaut leur attente et leur recherche. Par bonheur, l’hiver 2025-2026 les a vus affluer dans la région du Ruisseau 53.
Trois espèces de jaseurs existent dans le monde, le jaseur boréal qui est holarctique, le jaseur d'Amérique essentiellement limité à l'Amérique du Nord, et le jaseur du Japon présent en Asie orientale. Tous ont des rémiges secondaires dont les extrémités ressemblent à des gouttes de cire rouge. Tous ont un plumage beige soyeux, une élégante huppe, un masque noir les faisant ressembler à des super-héros de cinéma et une queue dont l’extrémité colorée semble avoir été trempée dans la peinture. Le degré de coloration de la région alaire varie grandement selon l'espèce et, plus subtilement, selon l'âge et le sexe.
Les jaseurs boréaux n’ont pas le ventre jaune de notre autre espèce locale, le jaseur d'Amérique. Par ailleurs, leurs sous-caudales sont de couleur cannelle foncé, alors que le blanc est présent chez le jaseur d’Amérique. Leurs ailes ont aussi tendance à être plus colorées. Certains jaseurs d'Amérique hivernent occasionnellement chez nous, et les bandes mixtes ne sont pas rares. Il faut scruter attentivement tout groupe semblant d’une seule espèce, il peut compter quelques intrus de l’autre espèce. En vol, les deux espèces peuvent facilement être confondues, et leur style de vol ressemble aussi beaucoup à celui du non indigène étourneau sansonnet.

Jaseur boréal

Jaseur d'Amérique
Pendant la saison de reproduction une partie de l'alimentation des jaseurs inclut des insectes et autres arthropodes, en hiver ils passent à une forte consommation de baies. Baies de sorbier, canneberges, pommettes et baies d'aubépine sont quelques-uns des fruits de notre région qui répondent à leurs besoins. Dans les récentes décennies s’est ajoutée une substantielle source de nourriture, le nerprun cathartique, une espèce européenne hautement envahissante qui prolifère.
Alors que de nombreux articles signalent les effets négatifs de ces baies astringentes pour les oiseaux qui s’en nourrissent, très peu de preuves scientifiques solides étayent cette affirmation. Les jaseurs boréaux foisonnent sur ces arbustes et on imagine mal qu’une plante nuise à une espèce aviaire nécessaire à sa propagation. Davantage de recherche est évidemment indispensable. Les baies étant souvent très sèches vers le milieu de l’hiver, il n’est pas rare de voir des jaseurs boréaux lamper de la neige pour s’hydrater et faciliter leur digestion.

Collation de baies de nerprun cathartique

Ingurgitation de neige
Les jaseurs boréaux sont le rêve de tout ornithologue/photographe. Leur magnifique plumage et leur absence quasi-totale de crainte des humains les rendent éminemment photogéniques et faciles à approcher. Lorsqu’ils font une de leurs incursions intermittentes sous nos cieux plus méridionaux, il y a quelque chose de magique à se perdre au milieu d’une bande de ces habitants nordiques à la recherche de nourriture.


Wayne Grubert
Notre ornithologue attitré