
Apparition éclair, émerveillement persistant
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Le 10 mai, avec douze autres membres de l’Hudson Garden Club et la Dre Frieda Beauregard, j’ai eu le privilège de faire la visite à pied des terres de la Fiducie de conservation du ruisseau 53, à Hudson.
Cette vaste partie d’Hudson comprend des milieux humides, des prairies, des forêts et un important escarpement. Étant moi-même une farouche écologiste et une donatrice de terres protégées, j’étais curieuse et impatiente de l’explorer et de voir les merveilles du début du printemps.
À chaque printemps – puissiez-vous avoir la chance d’en être témoin – une magie silencieuse se déploie dans les forêts. Je parle des éphémères du printemps : ces délicates fleurs sauvages fleurissent brillamment et brièvement avant de disparaître et de faire place à des plantes plus hautes et plus tardives. Leur à propos est tout. Se faufilant au moment même où la lumière revient et où le froid se dissipe, elles profitent d’un instant favorable avant que la voûte forestière ne se referme. Clignez des yeux, et vous pourriez les rater.
Aussi bien les champs que les forêts ou l’escarpement étaient emplis d’une floraison précoce et du bruissement tranquille du renouveau. Cela m’a rappelé pourquoi je suis tombée en amour avec ces plantes au tout début – ce ne fut pas pour leur seule beauté, mais pour ce sens de l’à-propos et le mystère qu’elles apportent à la saison.
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Les éphémères du printemps rencontrées pendant notre promenade sont parmi les plus fugaces, délicates, éclatantes, tape-à-l’œil, abondantes et délicieusement insolites. Leur présence est souvent l’indice d’une forêt mixte non perturbée, aux sols riches et limoneux.
L’une des premières à fleurir est la Claytonia caroliniana, connue sous le nom de claytonie feuille-large ou, à juste titre, de beauté printanière. Ses minuscules fleurs rayées de rose et de blanc ne s’ouvrent qu’au soleil, et souvent alors que la neige n’a pas fini de fondre.
Une proche concurrente est l’Hepatica nobilis var. acuta, connue sous le nom d’hépatique à lobes aigus en raison de la forme de ses feuilles.
Poussant dans des terres plein sud où le sol se réchauffe tôt, cette renonculacée a une floraison très brève en touffes bien visibles. Comme le montre la photo, nous sommes arrivés trop tard pour la floraison, mais avec son feuillage singulier on ne peut pas se tromper d’espèce.
Impossible de ne pas remarquer le déploiement exubérant des clochettes jaunes inclinées et étoilées de l’Erythronium americanum, communément appelée érythrone d’Amérique ou ail doux, et de ses feuilles tachetées ou marbrées !
Elle forme des colonies denses dans les sols forestiers riches et humides. Une particularité que j’ai remarquée est que les pieds ne fleurissent pas tous, mais cela n’enlève rien à sa flamboyance.
Dicentra cucullaria (dicentre capuchon-jaune ou culottes de Hollandais) suit les précédentes, fin avril début mai.
J’adore cette beauté passagère pour ses fleurs délicates en forme de culotte bouffante, mais aussi pour son feuillage gris-vert finement dentelé qui dissimule le sol forestier.
Le groupe suivant d’éphémères du printemps est celui des irrésistibles trilles. Nous avons eu la chance de les voir tous les trois au Ruisseau 53.
Trillium erectum, le trille rouge, aussi connu comme trille dressé, est une merveille solitaire perchée sur une haute tige et mise en valeur par ses feuilles losangées verticillées. Il demande parfois de l’attention, comme on le voit ci-dessous.
Trillium grandiflorum est communément appelé trille blanc. Ses spectaculaires fleurs blanches, aux pétales de forme souvent variable, rosissent graduellement en vieillissant. Ce trille joue un rôle clé dans la pollinisation en début de saison. Il semble aimer les espaces ouverts et les talus exposés humides.
Le troisième membre de la famille des trilles est Trillium undulatum. Avec sa délicate beauté éphémère, le trille ondulé est le plus gracieux de ces trois hôtes des forêts.
Bien que son habitat soit étendu, il est plus difficile à repérer en raison de ses besoins particuliers en matière de sol. Il aime l’ombre, l’humidité et l’acidité. Je suis toujours fascinée lorsque j’en repère un
Ensuite, tandis qu’ils s’effacent, plusieurs de ces « fantômes du printemps » laissent derrière eux de muettes évocations de leur brève visite – des fruits bigarrés, un feuillage changeant et le souvenir vivace de leurs chatoyantes couleurs. Dans les écosystèmes forestiers leur bref cycle de vie joue un rôle important, il marque la transition saisonnière et est utile aux pollinisateurs précoces et à la dispersion des graines.
Pour finir, bien qu’elles ne soient pas, à proprement parler, des éphémères du printemps, il ne faut pas oublier de mentionner les fougères, telle la Matteuccia struthiopteris (matteuccie fougère-à-l’autruche), qui dans les bois ou dans les sous-bois des forêts dessinent une foisonnante et verdoyante toile-de-fond naturelle.
Voici, en plus, quelques autres beautés printanières rencontrées au cours de la promenade :
La sculpturale Arisaema triphyllum (arisème petit-prêcheur).
L’élégante Uvularia sessilifolia (uvulaire petites-fleurs).
La classique Viola sororia (violette commune) qui égaye le sol forestier.
Et, enfin et surtout, Maianthemum racemosum (maïanthème à grappes) au luxuriant feuillage.
Maria Galletti
Hudson Garden Club
Photos : Maria Galletti et Stéphane Hogue